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Traduire

Nurith Aviv explique d’où vient son prénom, et pourquoi il y a un H à la fin !

En 2011, Nurith Aviv a sorti ‘Traduire’, un film documentaire, où elle écoute et filme dix personnes, dix traducteurs, qui nous parlent de la traduction. Le film les laisse parler dans leur langue, chacun ou chacune, et c’est sous-titré. C’est traduit.

Ces traducteurs parlent de ce qui les passionne dans les textes des cultures juives, anciens, médiévaux, modernes, contemporains ; l’émerveillement de traduire ces textes qu’ils ont jugés merveilleux ou importants – mais aussi comment c’est un travail difficile et révélateur pour eux-mêmes. Ces gens ne se réclament pas d’une religion. D’une culture, oui, mais polyglotte.

Le travail de cinéaste de Nurith Aviv, qui est française, est depuis longtemps reconnu par de nombreux prix. Cela ne l’empêche pas, comme Agnès Varda à qui elle ressemble, de rester modeste.

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Les idées qu’on a

Il y a une époque passionnante de la réflexion française, où les philosophes et les physiciens parlaient avec simplicité, dans un vocabulaire clair pour les gens cultivés, parce qu’ils savaient que ce n’est pas tellement les mots qui font les choses, et que les mots compliqués obscurcissent le propos.

C’était aussi, pour la même raison, une période lumineuse pour l’histoire de la réflexion scientifique, pour l’histoire des sciences, et pour le dialogue toujours renoué, par ces grands hommes eux-mêmes, entre les lettres et les sciences. Je vais prendre exemple de deux personnages majeurs, Emile Meyerson (1859 – 1933) et Léon Brunschvicg (1869 – 1944).

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Celle qu’on ne connaît pas

Les écrivains français, peut-être plus que d’autres, ont décrit la fascination des inconnues. La fascination qu’elles exercent parce qu’elles sont restées inconnues – et non pas la fascination que ces inconnues auraient éprouvée – pour qui, d’ailleurs ?

C’est vrai dans la littérature, comme on verra brièvement. Mais c’est vrai aussi dans les images, les portraits d’on ne sait pas qui ou bien on ne sait plus. C’était qui, ou quoi, ces femmes « magnétiques » dont le regard et la présence traversent le temps ?

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La création du monde est en avance

Dans ‘Le Songe de Scipion’, rédigé en 54 AEC, un Romain de bonne famille, après un banquet offert par Massinissa, roi berbère en Afrique du Nord, s’endort. Son grand-père lui apparaît, lui montre la terre au milieu du monde. Nous comprenons que tous deux sont en voyage céleste.

Outre la Voie Lactée, séjour promis aux dirigeants méritants, nous découvrons comment le Monde est fait, les sphères emboîtées des planètes, la musique que font ces sphères en tournant l’une dans l’autre. Nous apprenons aussi que toute gloire est vaine : viendront des déluges et des incendies qui changeront la face de la Terre.

Enfin, que notre corps n’est que l’enveloppe périssable d’une âme éternelle. Et que le monde aussi a un principe qui l’anime, et qui est éternel. Les cercles chrétiens ont assuré la diffusion de ces bonnes nouvelles.

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Un deux trois, Couleur !

Au début des années 1970, un livre rédigé par Brent Berlin et Paul Kay crée beaucoup d’émotion. Alors que les ethnologues et linguistes, en France au moins, considèrent que chaque culture a élaboré historiquement ses propres repères, Berlin & Kay expliquent que pas vraiment : toutes suivent un chemin analogue, et divergent ensuite.

Ils ont étudié la distribution des noms donnés aux couleurs dans de nombreuses langues. Selon eux, certaines langues en ont peu, d’autres beaucoup. Ils constatent que quand il y en a peu, ce sont les mêmes couleurs qu’on retrouve, et que sur l’échelle de diversification croissante des noms de couleurs, les langues ont suivi un chemin presque unique.

Un peu comme si les “organes culturels” réagissaient comme les organes biologiques : les mammifères sont très divers, mais leur organisation et leurs membres ont une histoire partagée !

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Dépossession

La Sumida, 1909, est un roman japonais de Nagai Kafû.

La Sumida est le fleuve qui passe à Tokyo, plutôt sur un bord – tout est là. Le pivot du roman est l’oncle bienveillant d’un jeune homme amoureux et inquiet. En 1900, l’oncle a bientôt 60 ans, et le fils de sa sœur cadette en a bientôt 17.

C’était le portrait d’un « monde en train de disparaître ». Les érudits ont reconstitué les trajets de l’oncle, de part et d’autre du fleuve. Dans Tokyo métamorphosé, l’entreprise est une évocation de fantômes. On le fait à l’aide de cartes et d’estampes1.

Comment écouter maintenant cet écho d’un d’écho ?

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  1. ‘L’enfant amoureux de cartes et d’estampes’, dans Le Voyage (1861) de Baudelaire. []

Tous les jours de l’an

A la surface du soleil.

Le soleil et la lune continuent d’être utiles. Le soleil indique l’année, la lune le mois, la terre la journée. Pour la semaine : compter sept !

Chaque année, surprise, revient le jour de l’an. Mais le jour de l’an des uns n’est pas celui des autres.

Plus inquiétant, même son Jour de l’an à soi est mobile : il bouge !

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Le temps hors d’atteinte ?

Augustin d’Hippone, saint Augustin pour les catholiques, était un lettré de la fin de l’Empire romain. Il a écrit une autobiographie, où il s’est demandé pourquoi il était si difficile de définir le temps.

L’idée qu’Augustin a du temps, est qu’on ne peut pas le définir parce qu’on ne peut pas l’arrêter. Inversement, son idée de l’autobiographie est qu’on ne peut obtenir de portrait de soi qu’en dialogue avec Dieu, puisque le reflet de son éternité rend le portrait « visible ».

Augustin se disait que Dieu et le cours du temps sont contradictoires : si l’on veut que Dieu agisse, il faut empêcher toute autonomie du temps. D’autres philosophes de l’Antiquité avaient vu les choses autrement !

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Cinéma et récit

Hormis quelques cas expérimentaux ou amusants, comme le Cinématon (voir plus loin), un film est fait de morceaux de films, judicieusement mis bout à bout. Ce qu’on appelle le montage.

C’est que si l’on filme sans s’arrêter, même avec une caméra mobile le film aura la durée et l’intérêt de ce qu’on aura filmé ; l’expérience montre qu’on s’habitue et qu’on s’ennuie.

Si l’on veut raconter une histoire, il y aura des épisodes, donc la nécessité de séquencer ce qui se passe. Le film après montage sera beaucoup plus court que les événements qu’il “raconte”, mais ce sera intéressant. Avec des surprises.

Ma question est : les romans, c’est pareil ?

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Corinthe, le hub

A l’inverse d’Olympie, qui était un centre religieux proche de la ville d’Élée1, Corinthe était une vraie ville, sur l’isthme étroit qu’elle contrôlait.

La citadelle haut-perchée de l’Acro-Corinthe, convoitée par les envahisseurs successifs et nombreux, souvent conquise y compris par les “Francs”, n’est qu’un aspect du domaine très étendu de la cité antique.

Après le tremblement de terre de 1858, qui a détruit la ville, une ville moderne est créée, à mi-chemin entre l’ancienne et le Canal de Corinthe ; elle est de nouveau détruite en 1928, puis se reconstruit.

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  1. Il ne s’agit pas de la ville de Zénon ou de Parménide, qui se trouvait en Italie, près de Salerne. []

Les temps où nous vivons !

Fantôme de tour de Babel

Après les Jeux, grâce à deux écrivains, l’un romancier-mémorialiste, l’autre anthropologue, enfin avec quelques plantes et quelques papillons, nous allons constater que le présent ne parvient pas à se défaire du passé.

Ou bien ce sont les mots ‘présent’ et ‘passé’ qui ne conviennent pas bien.

Les humains (peut-être pas eux seuls) vivent dans plusieurs sortes de temps à la fois. Faut-il apprendre à les conjuguer ? C’est comme pour les langues qu’on parle : cela se fait tout seul.

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L’air du temps

On a tellement écrit sur le temps, depuis deux ou trois mille ans, qu’on se demande ce qui pousse à le gaspiller autant : désespoir, provocation, amour sucré-salé ?

Les nombreuses ‘histoires du temps’ sont surtout consacrées aux horloges, clepsydres, coucous suisses et cadrans solaires, avant de s’enfoncer dans les ténèbres du quartz et des globules satellitaires. Bref, on évite le sujet, quand on prétend le contrôler.

Même Caramel a consacré au temps de nombreux paragraphes. Nous allons cette fois-ci laisser les clepsydres, et commencer par les horloges mécaniques, puis voir ce qui en ressort.

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Ah Clarisse, j’ai tellement désiré cet instant

Cette réplique, magnifique de convention, presque idéale stylistiquement, vient d’un épisode télévisé d’Arsène Lupin, ‘Le Bouchon de cristal’. 1971.

Tout nous dit que la réplique est creuse, comme le bouchon de cristal. D’abord, elle est littéraire, même dite par un député sentimental à une dame qu’il fait odieusement chanter.

Ensuite, nous sommes là, cent mille spectateurs, à écouter ces confidences ! L’intimité s’est retournée comme un gant. Ou bien cet “intime” était fait pour ça. C’est pornographique.

Enfin, essentiel pour Caramel, le jeu avec le temps. Le banquier se souvient de l’époque où Clarisse en a préféré un autre. Il croit maintenant tenir sa revanche. Mais nous, qui sommes dans l’avenir, regardons ce théâtre avec une sympathie soupçonneuse. C’est quoi, l’avenir ?

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Dans les collines

Il est toujours difficile de parler de la vie ordinaire. Georges Condominas a décrit comment “l’exotique est quotidien”.

Ici dans les collines, chez les Shertukpen de l’Himalaya oriental, c’est de l’ordinaire que je voudrais parler, mais il se démultiplie à mesure qu’on le dit.

Pour contourner ce mur de silence, dans le paysage retrouvé du bourg de Rupa, je vais surtout montrer des images. Ce sera ma façon de dire.

En Annexe, le commentaire d’une lectrice française !

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Vous avez le temps

Osaka-Amsterdam.

Très souvent, nous voyons le temps comme une ligne. Dans les cours de physique, ou même de français, le professeur trace au tableau une ligne, souvent orientée dans le sens de la lecture, pour pouvoir y situer certains événements.

Le “temps” devient alors, sous cette forme pédagogique, une sorte de cartographie. Et c’est vrai qu’on l’a souvent décrit comme une 4e dimension après les 3 de l’espace.

Nous allons voir l’origine de cette formulation, qui n’a rien de stupide ; et pourquoi elle est fausse. Ou du moins pourquoi elle est très insuffisante.

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