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Traduire

Nurith Aviv explique d’où vient son prénom, et pourquoi il y a un H à la fin !

En 2011, Nurith Aviv a sorti ‘Traduire’, un film documentaire, où elle écoute et filme dix personnes, dix traducteurs, qui nous parlent de la traduction. Le film les laisse parler dans leur langue, chacun ou chacune, et c’est sous-titré. C’est traduit.

Ces traducteurs parlent de ce qui les passionne dans les textes des cultures juives, anciens, médiévaux, modernes, contemporains ; l’émerveillement de traduire ces textes qu’ils ont jugés merveilleux ou importants – mais aussi comment c’est un travail difficile et révélateur pour eux-mêmes. Ces gens ne se réclament pas d’une religion. D’une culture, oui, mais polyglotte.

Le travail de cinéaste de Nurith Aviv, qui est française, est depuis longtemps reconnu par de nombreux prix. Cela ne l’empêche pas, comme Agnès Varda à qui elle ressemble, de rester modeste.

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Arts martiaux

En France, l’expression crève l’écran en 1970. Entre le premier épisode du Sabreur manchot (1967) et le dernier Bruce Lee, Opération Dragon (1973).

Les arts martiaux sont sans âge. Mais ils se distinguent de la guerre ordinaire à tous égards. Ils ne viennent au monde (notre monde à nous, à tous) que quand on est las du fusil et du flingue. L’art est martial quand il remet le corps au premier plan. Le corps humain, pas le corps d’armée.

Au fond, il rejoue le paradoxe du mousquetaire, qui est si français. Car je vous rappelle que ‘mousquetaire’ vient de ‘mousquet’, la première arme à feu portative. On ne dirait pas1.

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  1. Là-dessus, voir la note éditoriale. []

Le disque des images

Venise n’apparaît plus dans la presse qu’à propos du surtourisme et des paquebots géants – de nouveau autorisés malgré les dangers.

A propos des lieux célèbres, un discours plus équilibré paraît meilleur. Sinon, on va finir par les transformer en parcs payants très chers. Le tri par l’argent n’a jamais été le plus intelligent. Il paraît plus adroit de favoriser, sans les ruiner, les visiteurs qui y restent plusieurs jours, puisque cela montre qu’ils se sont renseignés, et qu’ils savent où ils sont.

Quelque chose à voir à Venise ? Voici une suggestion.

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Les idées qu’on a

Il y a une époque passionnante de la réflexion française, où les philosophes et les physiciens parlaient avec simplicité, dans un vocabulaire clair pour les gens cultivés, parce qu’ils savaient que ce n’est pas tellement les mots qui font les choses, et que les mots compliqués obscurcissent le propos.

C’était aussi, pour la même raison, une période lumineuse pour l’histoire de la réflexion scientifique, pour l’histoire des sciences, et pour le dialogue toujours renoué, par ces grands hommes eux-mêmes, entre les lettres et les sciences. Je vais prendre exemple de deux personnages majeurs, Emile Meyerson (1859 – 1933) et Léon Brunschvicg (1869 – 1944).

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Souvenir et sourire

Roche dans un torrent alpin.

Priés d’analyser ces deux mots français, on dirait : sou-venir et sou-rire. On doit pourtant trouver des sens différents au préfixe. On peut comprendre ‘sourire’ comme ‘rire en dessous’ (moins fort, un peu caché, par connivence), mais comprendre ‘souvenir’ comme ‘venir en dessous’ réclame plus d’imagination.

Il existe un autre décalage entre les deux verbes. En latin subridere existait avec un sens comparable à ‘sourire’, alors que subvenire signifiait ‘survenir, venir en aide’, comme le ‘subvenir’ français qui en est une imitation.

La tradition conjuguée du son et du sens, assez claire avec ‘sourire’, a été rompue avec ‘souvenir’, invention de date française. Qu’est-ce que c’est, la tradition ?

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L’écorce et le noyau

C’est un mystère : pourquoi tant d’objets ont-ils une surface, une enveloppe, qui cache à l’intérieur tout à fait autre chose ?

Si le mot ‘mystère’ signifie que quelque chose est caché, et avec une signification qu’il faut chercher, alors de nombreuses possibilités s’ouvrent à la recherche, à petite et à grande échelle.

A petite échelle, tous ces fruits qui recèlent un noyau dur ! A grande échelle, certaines planètes, dont la nôtre, n’ont pas elles aussi un noyau ?

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Celle qu’on ne connaît pas

Les écrivains français, peut-être plus que d’autres, ont décrit la fascination des inconnues. La fascination qu’elles exercent parce qu’elles sont restées inconnues – et non pas la fascination que ces inconnues auraient éprouvée – pour qui, d’ailleurs ?

C’est vrai dans la littérature, comme on verra brièvement. Mais c’est vrai aussi dans les images, les portraits d’on ne sait pas qui ou bien on ne sait plus. C’était qui, ou quoi, ces femmes « magnétiques » dont le regard et la présence traversent le temps ?

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L’avenir du haut en bas

“Loin de moi (écrit Anne Cheng) la fictive unité d’un ‘monde sinisé’ selon une trajectoire d’expansion ayant la Chine pour origine et pour centre.”

Pour le sens dans lequel on écrit, vers la gauche ou la droite, vers le haut ou le bas, le chinois en a d’ailleurs changé. Nous constatons, comme dans les deux précédents billets, que la variation est à l’oeuvre dans le temps et dans l’espace, ici comme ailleurs.

Nous allons explorer, avec notre fil directeur, cette extrémité du monde : dans quel sens écrit-on ?

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Débats dans l’écriture

Le caramel précédent nous a promenés en Suède, en Italie, en Crète, en Égypte, dans un tunnel à Jérusalem, à Istanbul et sur la côte phénicienne, au Yémen, en Éthiopie. Le sens de l’écriture de gauche à droite ( → ) ou inversement ( ← ) est moins évident qu’on ne le pense d’abord.

Le sens le plus économique, qui consisterait à repartir dans l’autre sens en arrivant au bout de la ligne, était bien représenté, mais a été abandonné au profit du “retour à la ligne”.

Poursuivons notre voyage – en commençant par un début.

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Le sens de la lecture

Ce n’est pas philosophique, mais topographique. Nous lisons (et écrivons) dans quel sens : vers la droite, la gauche ? Vers le bas, vers le haut ? En travers ?!

En français, comme dans la plupart des autres langues d’Europe aujourd’hui, on lit de gauche à droite ( → ) puis de haut en bas. Notez que pour écrire, ce n’est pas toujours la même chose : on voit en France des gauchers écrire de haut en bas, verticalement, puis redresser leur page ensuite ! L’image ici montre l’inscription runique de Möjbro, en Suède. On lit de droite à gauche ( ← ), en commençant par le bas !

Nous allons voyager un peu en cartographiant ces folies. Cela vous permettra d’organiser vos vacances.

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L’emprise et le ressenti

Le mot ‘emprise’ a un sens technique. Les plans urbains montrent par exemple l’ampleur croissante, puis décroissante, des emprises ferroviaires.

La vogue du terme n’est guère antérieure à 2015. Elle date des efforts pour prendre en compte une forme particulière de sujétion, souvent associée à la sexualité. Mais il est difficile de prendre en compte le ‘ressenti’ qui lui est associé. Cela ne signifie pas que ce ressenti n’existe pas, ou qu’il n’aurait pas d’importance.

Si la notion ‘d’emprise’ a été utilisée par les femmes pour exprimer une forme d’assujettissement psychologique, les hommes peuvent alors tout autant invoquer l’emprise des femmes sur eux. Le concept conserve son intérêt, mais s’élargit. Il sera intéressant de voir comment il va évoluer.

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Carlo Ginzburg

Carlo Ginzburg a été un commentateur éprouvé et résolu de Marc Bloch. Il a aussi consacré des essais perspicaces aux rapports entre histoire et littérature.

Un de ses essais les plus connus est ‘Traces’ (1979) où, pour faire bref, il compare la critique d’art de Morelli et l’activité de Sherlock Holmes. Il est revenu à plusieurs reprises sur le thème, pour en développer l’intérêt.

Dans les premières pages de ‘Traces’ en décrivant la méthode de Morelli, il parle de ‘philologie’ en expliquant que Morelli, comme Sherlock, voit – là où personne n’avait songé à regarder. Le lecteur ordinaire, obsédé par le sens des mots, les lit à peine ; le philologue les regarde.

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Zaïre et Zaïde

En 1732, Voltaire fait jouer Zaïre, une tragédie en vers. Jérusalem, les croisades.

Le sultan Orosmane libère cent chevaliers, mais refuse de libérer la belle Zaïre qu’il aime, et qui l’aime. Quand le vieux roi chrétien Lusignan est libéré aussi, il reconnaît en Nérestan, qui a apporté la rançon, et en Zaïre qui ne partira pas, ses enfants disparus.

Le vieux roi est horrifié que sa fille aime un musulman. Il exerce sur elle un chantage étouffant. Le sultan Orosmane n’a pas moins d’aveuglement. Trompé par un message de Nérestan à sa sœur, il poignarde Zaïre puis, comprenant son erreur, se tue. Elle ne partira pas.

En 1780, Mozart a commencé un opéra dont la protagoniste est Zaide, esclave du sultan Soliman. L’intrigue n’est pas la même, et Mozart ne terminera pas l’opéra. L’Enlèvement au sérail, dont l’intrigue est encore différente, est de 1782.

La BNF a retrouvé une partition de Mozart, ci-dessus : c’est de saison !

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Deux livres d’histoire

Commençons par le plus récent. L’un des livres importants de ce début 2026, à mon avis, est Les Arbres de Nagasaki, de Véronique Brindeau, paru en mars chez Arléa. Huit petits chapitres décrivent à chaque fois un arbre qui a survécu à la bombe qui a explosé le 9 août 1945, 500 mètres à la verticale de Nagasaki, tuant en deux ou trois jours 70.000 personnes, et beaucoup d’autres ensuite.

L’autre livre n’est pas vieux non plus. L’auteure suisse Vanessa de Senarclens enseigne la littérature française à Berlin. Elle a publié en 2025 chez Zoé, à Genève, La Bibliothèque retrouvée, une enquête. Ce livre qui concerne au départ une bibliothèque constituée dans un château de Poméranie – Carlo Ginzburg vient de mourir – à la fois prolonge les essais de ‘micro-histoire’, en renouvelle le ton, et leur donne un style différent.

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La création du monde est en avance

Dans ‘Le Songe de Scipion’, rédigé en 54 AEC, un Romain de bonne famille, après un banquet offert par Massinissa, roi berbère en Afrique du Nord, s’endort. Son grand-père lui apparaît, lui montre la terre au milieu du monde. Nous comprenons que tous deux sont en voyage céleste.

Outre la Voie Lactée, séjour promis aux dirigeants méritants, nous découvrons comment le Monde est fait, les sphères emboîtées des planètes, la musique que font ces sphères en tournant l’une dans l’autre. Nous apprenons aussi que toute gloire est vaine : viendront des déluges et des incendies qui changeront la face de la Terre.

Enfin, que notre corps n’est que l’enveloppe périssable d’une âme éternelle. Et que le monde aussi a un principe qui l’anime, et qui est éternel. Les cercles chrétiens ont assuré la diffusion de ces bonnes nouvelles.

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