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Deux livres d’histoire

Commençons par le plus récent. L’un des livres importants de ce début 2026, à mon avis, est Les Arbres de Nagasaki, de Véronique Brindeau, paru en mars chez Arléa. Huit petits chapitres décrivent à chaque fois un arbre qui a survécu à la bombe qui a explosé le 9 août 1945, 500 mètres à la verticale de Nagasaki, tuant en deux ou trois jours 70.000 personnes, et beaucoup d’autres ensuite.

L’autre livre n’est pas vieux non plus. L’auteure suisse Vanessa de Senarclens enseigne la littérature française à Berlin. Elle a publié en 2025 chez Zoé, à Genève, La Bibliothèque retrouvée, une enquête. Ce livre qui concerne au départ une bibliothèque constituée dans un château de Poméranie – Carlo Ginzburg vient de mourir – à la fois prolonge les essais de ‘micro-histoire’, en renouvelle le ton, et leur donne un style différent.

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Le mythe et la science

Il est bon de renseigner les gens sur la disparition rapide de nombreuses espèces de plantes et d’animaux. Malheureusement, le ton catastrophiste fait plus de mal que de bien et réveille une religion de la Terre où tout est au même plan.

“La Terre”, surtout pour ce qui concerne les espèces vivantes, n’est uniforme ni dans sa situation actuelle, ni dans son histoire. Les paléontologistes nous apprennent que les airs ont été ‘colonisés’ depuis les terres, et les terres depuis les eaux. La vie sur la Terre a une histoire. Le mot ‘coloniser’ n’est certainement pas le meilleur, et il a un sens différent dans chaque cas.

Comme la “sortie de l’eau”, c’est-à-dire l’installation de lignées aquatiques sur la terre est un phénomène bien connu, nous allons parler ici plutôt des lignées terrestres qui ont développé une capacité au vol.

A la mémoire de Jean-Marc Drouin (1948-2020)

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Exhibition des ponts

Les ponts sont m’as-tu-vu. Plus intéressant : ils le sont dans les deux sens. Le nombre de gens qui veulent être photographiés sur un pont est exorbitant.

On veut à la fois voir le pont, voir depuis le pont, et être vu sur le pont. Le pont, c’est la civilisation.

D’où le mot ‘exhibition’ du titre. Qui a ici sa signification française et même latine d’engagement voyeuriste !

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Religions syncrétiques

Au lycée, nos professeurs d’histoire ou de langues anciennes parlaient des ‘religions syncrétiques’. Nous comprenions qu’il s’agissait d’un mélange et que c’était une fin d’époque. On dégénérait ; les cultes robustes d’autrefois, conquis par des spiritualités douteuses, s’effondraient misérablement.

Le gigantisme déplaisant des temples tardifs, les empereurs aux armées négligeant de surveiller les pontifes exotiques, menaient droit au désastre que nous connaissions bien : la fin de l’empire romain !

Dans mon cas, il a fallu les années indiennes pour saisir que le syncrétisme, c’est le peuple qui contourne les prêtres. On peut aller chez Bouddha ou chez le brahmane. Le but est le même pour saint Antoine ou al-Khidr : qui nous écoutera, dans la détresse ? Depuis les profondeurs je t’ai appelé.

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Le Plancher des vaches

L’expression a sombré. Chez les marins, elle signifiait qu’on regagnait la terre ferme, là où les vaches ont pied.

La terre ment aussi. La terre se creuse. Les Romains y logeaient des conduites d’eau, des égouts, du chauffage. Chez nous : caves, parkings, adductions d’eau, de gaz, d’électricité, d’internet, métros. Le nombre de plaques de fonte sur les trottoirs est ahurissant. On marche, mais sur quoi ?

Quand l’immeuble devient vraiment haut, il y a un moment de bascule : la verticale devient une variété d’horizontale. L’escalator biaise ; c’est le même effort pour monter ou descendre, les étages sont des numéros. La preuve en est le « mur végétalisé » : l’herbe nous regarde passer quand on est dans l’ascenseur.

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Les dieux ne sont pas gentils

Dans beaucoup d’histoires avec des dieux et des humains, les dieux donnent telle chose, mais sous condition – et la condition fera échouer le pacte.

Dieu dit au couple du Jardin : vous ne mangerez pas de cet arbre… Le Dieu des enfers dit à Orphée : je te rends Eurydice, mais tu ne la regarderas pas en remontant vers le jour…

Cette clause tragique rend l’histoire fascinante et triste. Sans la clause piégée, l’histoire n’existerait pas. L’histoire n’existe QUE parce que les humains échouent. Drôles de dieux.

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Dépossession

La Sumida, 1909, est un roman japonais de Nagai Kafû.

La Sumida est le fleuve qui passe à Tokyo, plutôt sur un bord – tout est là. Le pivot du roman est l’oncle bienveillant d’un jeune homme amoureux et inquiet. En 1900, l’oncle a bientôt 60 ans, et le fils de sa sœur cadette en a bientôt 17.

C’était le portrait d’un « monde en train de disparaître ». Les érudits ont reconstitué les trajets de l’oncle, de part et d’autre du fleuve. Dans Tokyo métamorphosé, l’entreprise est une évocation de fantômes. On le fait à l’aide de cartes et d’estampes1.

Comment écouter maintenant cet écho d’un d’écho ?

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  1. ‘L’enfant amoureux de cartes et d’estampes’, dans Le Voyage (1861) de Baudelaire. []

Comment dire les choses ?

Les choses sont compliquées, par exemple une feuille de chou, du beurre, un seau. Pour les dire, ou pour les dessiner, nous les simplifions en les regardant depuis une distance qui nous paraît convenable, proportionnée à l’objet.

Presque toujours, les choses vues sont comme fixées à une proportion qui nous paraît évidente. Si nous devons les dessiner, nous leur donnerons telle taille dans le cadre de l’image. Car les images ont un cadre et on l’oublie souvent. Et pour les dire, nous leur attribuons un contexte sans même nous en apercevoir.

N’est-ce pas “réduire la chose” à un signe, au symbole d’elle-même ?

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Deux portes

Une yourte kazakh au Xinjiang. Une porte en bois et un pan de feutre enroulé ou déroulé – seul écran entre la maison et le monde.

En anglais, il existe deux mots pour ‘porte’ : door et gate. Pour les Anglais, les deux mots n’ont rien de commun : door est privé, gate est public : au bout de la cour ou du jardin gate donne sur la rue, door donne chez vous.

Quand les villes avaient des remparts, l’accès était donné par des portes, gates. A Londres aussi, où il y en avait sept. En somme gate et door définissent deux niveaux successifs, emboîtés, de la frontière entre moi et les autres – mais à travers des schémas architecturaux ou urbanistiques qui, finalement, sont collectifs.

Nous allons suivre le thème en Europe, puis en Inde, en Chine et au Japon.

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Lumières dans la nuit

La lumière nocturne prend son ampleur avec l’éclairage au gaz qui, avant d’être « à tous les étages », se répand dans les rues (1833). Avant l’électricité il transforme la vie. En faisant de la fumée !

L’invention des adductions urbaines permet, comme pour l’eau, d’amener le gaz puis l’électricité où l’on veut : près du lit, au-dessus de la table.

La centralité de la cheminée s’efface : les énormes conduits dans les murs, au-dessus des toits les ‘pots de cheminée’, vont disparaître. Ce ne sont plus les carrioles qui apportent les bois & charbons dans les caves. En un sens, les adductions continuent l’emploi des souterrains. En tout cas, la chandelle a vécu.

ADDITIF du 20 déc. 2025.

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L’envers de l’autre

Appareil photo et mallette de peinture. Avant 1935.

L’autre, nous ne le connaîtrons jamais vraiment. Mais tout de même, nous sommes chacun de trop petits mondes et sommes contents d’en sortir parfois, comme un génie de sa lampe, pour aller voir ailleurs.

On a tout dit sur les voyageurs. On les a admirés pour leur audace, leur curiosité, leur courage physique et moral ; on les a haïs comme traîtres à leur patrie, soumis aux influences exotiques, importateurs de manies honteuses !

Comme pour toute frontière, imaginaire ou réelle ou les deux, on a fantasmé son effet et jalousé ceux qui l’avaient franchie.

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La vérité, est-ce le drame ?

On s’est moqué des romans ou des films qui finissaient bien. Quitter les héros pour les laisser vivre heureux, paraissait ridicule ! On s’en moque moins.

On oublie que si la fin est heureuse, c’est que les aventures ne l’étaient pas et que, outre la nécessité narrative de terminer une histoire, ce sont les drames qui ont fait la coutume ou la couture du romanesque ordinaire.

Que le bonheur soit insipide, ce n’est pas sûr. Il est certain que le drame fait battre les cœurs, attire les foules, crée un public.

Caramel en est toujours à se demander pourquoi.

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Huit ponts

Voici un jeu de piste temporel. Nous allons suivre la piste des “huit ponts”.

Nous allons commencer par la musique, qui nous amènera à ‘Maître Huitponts’.

Nous serons alors prêts pour rejoindre la province ancienne de Mikawa, la princesse des Iris pourpres, et bien sûr nos huit ponts de bois.

Hélas, il y a mille ans déjà, quand Mademoiselle Sarashina en voyage considéra l’endroit du haut de ses treize ans, elle les a cherchés en vain. Elle était déçue : les huit ponts de bois n’existaient plus.

Mais ils ont existé, oui ! oui !

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En boucle

En boucle est le nom d’un film de Junta Yamaguchi, sorti en 2023 et tout récemment en France.

De nombreux critiques sondent les racines de l’intrigue dans les arcanes de la Science-fiction. Je crois qu’ils se laissent égarer par un scénario candide et malicieux à la fois.

Le film est reposant, astucieux sans effort, joyeusement original et – comme les contes – dit des choses mystérieuses et simples avec humour.

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La pierre et le bois-2 : Japon

Un pavillon japonais des Jardins Albert-Kahn.

Ce qui a contribué à changer certaines idées, à la fin du XIXe siècle, ce sont les échanges culturels avec l’Extrême-Orient. Au Japon , hormis quelques châteaux dont nous dirons un mot à la fin, tout était en bois.

Une des premières maisons japonaises construites en France est Midori no sato, en 1886, sur le vœu de Hugues Krafft dans sa propriété de Jouy-en-Josas. Elle n’existe plus. Les pavillons du jardin japonais d’Albert Kahn, à Boulogne, ne sont pas antérieurs à 1897. Ils sont de temps à autre repris ou refaits.

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