Ressources numériques en sciences humaines et sociales OpenEdition Nos plateformes OpenEdition Books OpenEdition Journals Hypothèses Calenda Bibliothèques OpenEdition Freemium Suivez-nous

Une visite au paradis

De lourdes menaces pèsent sur le paradis. Certains expliquent que c’est une prison dorée pour l’éternité, toujours plus longue qu’on ne croit ; d’autres que cela n’existe pas, ou bien se résume à une vision !

D’anciennes cartes le situaient vers l’Orient. Les séismes dans cette direction ne sont pas rassurants. Sur l’île de Pâques, chaque année autrefois on rapportait de Motu Nui, symbole du renouveau, un œuf de la sterne noire. Mais là-bas il n’y a plus de sternes noires ; et les paroles du rite se sont perdues.

Devant autant de signes tristes, il faut réagir.

Continuer la lecture de « Une visite au paradis »

Sur la pancarte

Une des inscriptions les plus connues en Europe, est celle qui figurait, dit-on, sur une pancarte placée en haut de la croix où mourut Jésus. Elle est bien connue des deux côtés de l’Europe, côté grec et côté latin, parce qu’elle a été très souvent peinte, gravée, ajoutée à des sculptures, en petit ou en grand format. Il en existe des milliers d’exemples, mais avec des variantes parfois notables.

En réalité, très peu des gens qui, par exemple, passent devant une image de la Crucifixion, sont capables de dire cinq minutes plus tard si elle comportait une pancarte, et ce qu’il y avait écrit dessus. La pancarte en haut de la croix est un exemple presque absolu de ce qu’on voit sans le voir.

C’est parfait pour Caramel : nous allons y regarder de plus près.

Continuer la lecture de « Sur la pancarte »

Le sens de la lecture

Ce n’est pas philosophique, mais topographique. Nous lisons (et écrivons) dans quel sens : vers la droite, la gauche ? Vers le bas, vers le haut ? En travers ?!

En français, comme dans la plupart des autres langues d’Europe aujourd’hui, on lit de gauche à droite ( → ) puis de haut en bas. Notez que pour écrire, ce n’est pas toujours la même chose : on voit en France des gauchers écrire de haut en bas, verticalement, puis redresser leur page ensuite ! L’image ici montre l’inscription runique de Möjbro, en Suède. On lit de droite à gauche ( ← ), en commençant par le bas !

Nous allons voyager un peu en cartographiant ces folies. Cela vous permettra d’organiser vos vacances.

Continuer la lecture de « Le sens de la lecture »

L’affaire du tuyau

Ce matin, je croise un papa avec ses deux enfants, près des zones jardinées de Vincennes. La toute petite fille dit ‘gros tuyau !’. Le garçon, qui a deux ans de plus et qui est un sage, dit « ben, un gros tuyau, c’est comme un tuyau. »

Gros tuyau

J’en fus tout médusé. Non que, métier ou pas, j’avais oublié de penser à ces choses-là, mais je me trouvais comme pompé dans un aspirateur à perplexité.

Continuer la lecture de « L’affaire du tuyau »

Ce que parler veut dire

Dans beaucoup de langues, on trouve deux verbes différents : ‘parler’ et ‘dire’. ‘Parler’ vise plutôt la prononciation, le fait audible ; ‘dire’, plutôt le contenu.

Même par écrit, vous pouvez ‘dire’ quelque chose : “dans mon message, je lui avais dit qu’il avait tort”. Vous ne pouvez pas ‘parler’ par écrit. Mais vous pouvez, même par écrit, ‘parler de’ quelque chose, parce qu’il s’agit de nouveau du contenu.

Vous ne pouvez pas trop parler sans dire ni, à l’oral, dire sans parler, de sorte que les limites sont parfois floues.

Beaucoup de choses ne prennent existence que parce qu’on en parle. On parle d’elles, et elles sont un contenu parce qu’il y a un contenant : les choses du passé, ou du lointain. Or, on est vite passé, ou on est vite lointain ! En parler n’est pas indifférent.

Cela ne signifie pas que les événements n’existent que si l’on en parle, mais…

Continuer la lecture de « Ce que parler veut dire »

Les Trois anneaux

Dans Nathan der Weise ‘Nathan le Sage’, la pièce de théâtre (1779) où Lessing montre que la tolérance religieuse vaut mieux que bisbille et bagarre, un moment clé est la Légende des Trois anneaux.

C’est une fable émouvante et sérieuse. Lessing ne l’a pas inventée, et il le dit tout net.

Des chercheurs sont partis sur les traces de la fable en question, ce qui nous propose, en double de la fable émouvante, une sorte de généalogie d’une légende – intéressante aussi.

Continuer la lecture de « Les Trois anneaux »

Les mots du miracle

Les grenouilles attaquent Pharaon

Une première conception du miracle est démonstrative : le miracle est un événement contre-nature qui intervient dans la vie des hommes et manifeste la divinité. Dans le cadre chrétien, on dit que Jésus a fait des miracles, et les saints l’ont ensuite imité.

Pourtant, ce n’est pas clair dans les évangiles en grec, qui n’ont pas de mot pour ‘miracle’ et n’en font aucune théorie. Cela nous amènera à regarder comment la question est formulée dans la Bible en hébreu.

Et bien sûr nous dirons un mot du doute qui se répand, depuis fort longtemps, sur la possibilité du miracle.

Continuer la lecture de « Les mots du miracle »

Non

Cela paraît simple : oui, ou non. Comme pile et face.

L’examen montre pourtant qu’il y a plusieurs sortes de ‘non’ et en français nous avons deux sortes de ‘oui’ : Tu n’es pas d’accord ? – Si !

Si vous dites ‘Oui’ à la question précédente, vous ne répondez pas à la question (Si = je suis d’accord / Non = je ne suis pas d’accord), mais dites à la rigueur que vous comprenez ce qui a porté votre interlocuteur à poser la question.

D’autre part, on dit : on a le temps avant qu’il n’arrive, avec ne – mais surtout pas ne… pas. Si vous dites avant qu’il n’arrive pas, la phrase conserve peut-être du sens, mais il faut aller le chercher !

En annexe : Aristote et le contraire.

Continuer la lecture de « Non »

La Voix du silence

Il y a beaucoup d’histoires de mères, heureuses, malheureuses. L’une de ces histoires douloureuses, peu connue, est l’occasion pour Akiba de prononcer une formule devenue célèbre : La Torah parle la langue des gens.

Cela ne signifie pas seulement : Dieu (qu’on ne connaît pas, qui n’a pas d’image) parle dans notre langue : pour nous faire plaisir à nous les humains. Ce serait déjà stupéfiant.

Cela signifie qu’il parle comme nous. Ce qui devient plus qu’étrange. Et en fait, cela retourne comme un gant l’étrangeté de Dieu.

Je vais donc raconter l’histoire de Ḥannah, la femme malheureuse et son enfant ; puis dirai un mot de la formule célèbre. Puis donnerai un autre exemple, dans l’Égypte ancienne.

Continuer la lecture de « La Voix du silence »

Esther en histoire

Dans le Livre d’Esther, il arrive qu’Esther parle. Elle le fait à des moments décisifs. Mais elle est un instrument : du roi, dont elle est l’épouse principale, et de son tuteur Mardochée qui se sert d’elle pour anéantir Haman.

A la fin de l’histoire, Mardochée devient vizir à la place de Haman, les ennemis sont tués à la place des amis. Mardochée publie les lois et règlements pour la fête de Pourim. Esther retourne à son roi.

Pourtant, comme dans l’histoire de Judith, on a retenu le nom d’Esther. Le livre qui raconte son histoire à elle, la méguilla, le rouleau par excellence, est associé depuis le Moyen âge à une fête joyeuse comme un carnaval. Et c’est vrai qu’il raconte un drame, avec un suspense ; et que tout finit bien.

Continuer la lecture de « Esther en histoire »

Le cri du paon

Le paon n’est pas de chez nous. Pourtant, il se pavane et, troublés, nous l’admirons. Cet animal exotique a même un nom : paon.

Le nom n’est pas banal non plus.

D’où sort ce nom, et l’animal, et depuis quand promène-t-il cet air de poule de luxe ? Ou plutôt de coq de luxe, puisque c’est lui qui fait la roue.

De grands savants ont un peu éclairci le chemin. Il reste beaucoup à faire. Chercheurs : au travail !

Continuer la lecture de « Le cri du paon »

Les langues changent aussi (2)

On croit souvent que les langues étaient moins nombreuses autrefois. Ce n’est pas si vrai. Et c’est même assez faux !

Une femme zuñi (Arizona, 1903 ?).
Photo d’ Edward S. Curtis. Sur la photo, elle ne parlait pas. Mais en vrai, si.

Depuis quelques siècles, le nombre des humains croît rapidement, et celui des langues tend au contraire à décroître. Cela montre que ce n’est pas parce qu’il y a plus d’humains qu’il y a plus de langues. Donc, ce n’est pas parce qu’il y a eu moins d’humains dans le passé, que le nombre des langues aurait été proportionnel.

En outre, l’expérience montre qu’il existe des langues parlées par beaucoup de gens, et des langues parlées par très peu de gens – et que ces dernières ne sont pas condamnées pour autant. Parce que si les “petites langues” disparaissaient d’elles-mêmes, il y a des millénaires qu’il n’y en aurait que de “grandes” !

Ces disparités laisseraient attendre des langues très différentes les unes des autres. Oui et non. Quand on compare les langues, les unes et les autres, les vieilles et les neuves, on s’aperçoit aussi de ce qui ne change pas !

C’est ce que nous allons décrire aussi dans ce billet.

Continuer la lecture de « Les langues changent aussi (2) »

L’Affaire de l’olivier

Noé est là, sur son arche avec sa ménagerie flottante. Ils sont aussi sept humains en plus de Noé, peut-être huit s’il y a un passager clandestin.

On ne voyait partout que de l’eau. On était bien content d’être en bateau, même à l’étroit.

Et comme vous savez, un jour il s’arrêta de pleuvoir. Le texte dit “Dieu se souvint de Noé”. C’était une bonne idée – si un souvenir est une idée.

Mais nous n’étions pas tirés d’affaire : il a fallu encore des mois pour pouvoir crier “Terre ! terre !” Je peux vous le dire : on n’était pas très rassurés.

Continuer la lecture de « L’Affaire de l’olivier »

Le roman de Jonas

Quand on dit que l’Antiquité était pleine de romans, les gens sont surpris. Ils voient les Égyptiens, les Grecs, les Romains et divers Carthaginois comme des gens sérieux, en train de philosopher à l’ombre d’un platane.

La fiction, qui est une façon d’inventer le monde, était-elle donc un exploit trop compliqué pour les gens d’autrefois ? Est-ce récemment, qu’après bien des efforts et des larmes, les héroïnes ont succombé dans les bras des héros – ou inversement bien sûr ?

Qu’en somme, le roman daterait du téléphone (attente fiévreuse) ou du tourisme (pleurons au bord du lac) ? Ah ah, vous m’entendez sourire…

Continuer la lecture de « Le roman de Jonas »

Dire la science : les ‘Conjectures’ de Jean Astruc.

En 1753 paraît à Bruxelles un livre qui représentait une avancée scientifique de premier plan, sur le fond et sur la forme : les Conjectures sur les Mémoires originaux dont il paraît que Moïse s’est servi pour composer le livre de la Genèse. L’auteur voulait montrer que le début de la Bible était un arrangement de documents plus anciens.

Peinture de la synagogue de Doura-Europos (IIIe siècle EC). Une servante récupère le petit Moïse dans une boîte sur le Nil.

Quoique la publication ait été anonyme, l’auteur était un médecin célèbre, Jean Astruc. Il n’était pas le premier à avoir des idées critiques sur le texte de la Bible. Mais il était le premier à faire de ‘l’analyse expérimentale’ des textes, à désigner des critères pour distinguer des sources, et à dire de façon claire : voilà ce que je trouve.

Le fait qu’il s’agisse de la Bible donnait du relief aux propositions de l’auteur. Mais peut-être le plus important est-il ailleurs. Avec Jean Astruc, l’analyse des textes sortait des cénacles. Il voulait présenter la science de façon lisible. Nous en avons bien besoin.

Continuer la lecture de « Dire la science : les ‘Conjectures’ de Jean Astruc. »