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L’avenir du haut en bas

“Loin de moi (écrit Anne Cheng) la fictive unité d’un ‘monde sinisé’ selon une trajectoire d’expansion ayant la Chine pour origine et pour centre.”

Pour le sens dans lequel on écrit, vers la gauche ou la droite, vers le haut ou le bas, le chinois en a d’ailleurs changé. Nous constatons, comme dans les deux précédents billets, que la variation est à l’oeuvre dans le temps et dans l’espace, ici comme ailleurs.

Nous allons explorer, avec notre fil directeur, cette extrémité du monde : dans quel sens écrit-on ?

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Débats dans l’écriture

Le caramel précédent nous a promenés en Suède, en Italie, en Crète, en Égypte, dans un tunnel à Jérusalem, à Istanbul et sur la côte phénicienne, au Yémen, en Éthiopie. Le sens de l’écriture de gauche à droite ( → ) ou inversement ( ← ) est moins évident qu’on ne le pense d’abord.

Le sens le plus économique, qui consisterait à repartir dans l’autre sens en arrivant au bout de la ligne, était bien représenté, mais a été abandonné au profit du “retour à la ligne”.

Poursuivons notre voyage – en commençant par un début.

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Le sens de la lecture

Ce n’est pas philosophique, mais topographique. Nous lisons (et écrivons) dans quel sens : vers la droite, la gauche ? Vers le bas, vers le haut ? En travers ?!

En français, comme dans la plupart des autres langues d’Europe aujourd’hui, on lit de gauche à droite ( → ) puis de haut en bas. Notez que pour écrire, ce n’est pas toujours la même chose : on voit en France des gauchers écrire de haut en bas, verticalement, puis redresser leur page ensuite ! L’image ici montre l’inscription runique de Möjbro, en Suède. On lit de droite à gauche ( ← ), en commençant par le bas !

Nous allons voyager un peu en cartographiant ces folies. Cela vous permettra d’organiser vos vacances.

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L’orthographe en deux langues

Une journaliste astucieuse, il y a quelques années, voit passer le nom d’un secrétaire d’état sous la forme Nunez. Il s’agit de monsieur Nuñez. Elle s’étonne. Elle revient aujourd’hui sur le sujet1.

Elle constate que c’est un sujet franco-français : des parents bretonnants veulent faire écrire Fañch, à l’État-civil, le prénom de leur nouveau-né. Il ne s’agit pas d’Abdallah, comme le gosse farceur dans Tintin, mais d’un diminutif de Frañsez ‘François’. Un peu comme Fanchon.

Elle énumère ces signes utiles dans l’orthographe française : accents sur E (É pour ‘éléphant’, È pour ‘Ève’, Ê pour ‘être’), sur A (‘à corps et à cris’, ‘âtre’) et sur Ù (‘où’ et bien sûr ‘xârâcùù’), tréma (‘Noël’) et cédille (‘Ça va chez vous ?’). Elle remarque que ces signes sont menacés, comme les espèces sauvages. Comme l’abeille.

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  1. Muriel Gilbert est correctrice au journal Le Monde. Article en ligne le 29 juillet 2025. []

Chihiro et le golem

Le Voyage de Chihiro est un célèbre film d’animation japonais de Miyazaki, 2001.

Pour le visionner, j’avais cette fois un doublage en anglais. A un moment, Lin dit à la petite Chihiro en la voyant manœuvrer : Uhh, you are such a klutz ! : ‘T’es vraiment godiche !’ ou ‘Quelle cruche !’.

Klutz est un de ces mots yiddish qui font surface de temps à autre en américain. L’entendre dans (la traduction de) ce film japonais avait quelque chose de joyeux et de fantastique.

Nous allons suivre la piste. Admirateurs ou non de Miyazaki, en voyage.

Amitiés à Sawako François !

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Le rêve d’Artaban

Xerxès, roi des rois.

Cette histoire curieuse a été racontée il y a 2500 ans. Hérodote écrit l’histoire en grec ionien et adapte les noms perses. Du grec ancien en français, on adapte une deuxième fois. Ce n’est pas grave : on voit bien lequel est lequel.

Le souverain perse Xerxès déclare sa volonté d’aller attaquer les Grecs. Son oncle paternel1, Artaban, lui expose les raisons de ne pas le faire.

Xerxès est furieux, car la guerre lui semble inévitable, et il préfère attaquer. Schéma bien connu, et qui trahit peut-être une peur secrète. Cependant, la nuit venue, il repense au discours d’Artaban qui l’inquiète, et au moment où il est résolu à renoncer à la guerre, il s’endort.

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  1. Artaban était le frère de Darius, le père de Xerxès. Tous ces personnages sont historiques. Xerxès a été le souverain de l’Empire perse entre 486 et 465. []

Musée des écritures

Cette “visite” au Musée d’art de Varsovie1 est un choix de quelques objets étonnants.

Je les ai choisis parce qu’ils sont “écrits”. Ce sont des images où les inscriptions jouent un rôle.

L’image ci-contre paraît ne pas être un bon exemple puisqu’il n’y a rien d’écrit, mais vous allez voir, il y a des inscriptions autour d’elle. Ici, elle sert d’introduction.

Vous verrez aussi que, comme de nos jours sur les écrans ou dans la publicité, l’image et l’inscription font bon ménage depuis longtemps, mais de façons diverses selon les exemples.

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  1. Muzeum narodowie ‘Musée national’. []

Les mots de la phrase

Une phrase est faite de mots, c’est très pratique. On dirait un jeu d’assemblage, de construction : on prend des mots, on en fait des phrases. Oui. C’est l’impression qu’on a quand la phrase est finie.

Sur le vif, en écoutant des gens parler des langues qu’on ne connaît pas, on est perplexe : on entend un long blablabla qui paraît souvent continu. Où sont leurs mots ? Ils doivent bien avoir des mots quand même ?

Ensuite, on se surprend à écouter les gens parler français, et l’on se rend compte d’un blablabla analogue. On se dit : comment font les étrangers pour y comprendre quoi que ce soit ?

Les mots, si clairs et nets par écrit, semblent former une chanson obscure.

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La croix qui parle

Bien avant les BD, il existe de nombreux tableaux avec des inscriptions, y compris les paroles des personnages. Mais il y a deux grandes différences avec les BD.

L’une est qu’il s’agit souvent d’un tableau tout seul, pas d’une page ou d’une planche où les images glissent de l’une à l’autre de façon séquentielle. L’autre est que les inscriptions sont dans une langue incompréhensible au commun des mortels.

Paradoxe : on écrit des choses dans le tableau, mais elles ne sont lisibles que pour les gens qui connaissent déjà l’histoire !

Voir à la fin : Narrativité. Comment les images racontent des histoires.

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Une conversation avec Céleste

Je vous ai déjà parlé de Céleste, ma gouvernante. Je voudrais cette fois-ci vous raconter une conversation.

Rentrant chez moi, je trouve Céleste en méditation. Elle lévitait légèrement au-dessus du sol, et son ombre s’étendait sur les motifs du tapis et sur les parois arrondies d’un hippopotame de cuivre.

A mon arrivée, elle retomba doucement sur le tapis, et me dit « Qui est ce Diomède dont vous m’avez parlé ? Je trouve qu’il y a eu quantité de Diomède. Et certains ont l’air encore moins vrais que les autres. »

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Ce qui est fragile, c’est l’oral

De nombreuses langues disparaissent, sous la pression des gens qui imposent des langues de « grande communication ». Mais faut-il vraiment que toutes les communications soient « grandes » ? Pourquoi veut-on nous flatter : sommes-nous si grands que ça ? A qui profite cette ambition ?

D’autant que le souci de l’intime et du soi ne semble pas avoir disparu.

Est-ce une manœuvre pour nous pousser aux extrêmes : vous seriez ou bien un Soi-tout-seul, ou bien un Comme-tout-le-monde ?

Pour “communiquer” et pour bien d’autres choses, il existe des demi-mesures épatantes : les langues, dans leur variété. Les pratiquer n’a jamais empêché de les traduire – bien au contraire.

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Un arrêt à la station Écritures

Dans notre enquête sur les langues qui changent, voici un billet consacré aux écritures. C’est parce que – jusqu’à l’invention des enregistrements audio ! – l’examen des langues anciennes repose sur des témoignages écrits.

Ces textes écrits, on les trouve sur des rouleaux ou des pages de livre, ou gravés sur la pierre, parfois sur d’autres matériaux. Il n’en reste pas beaucoup.

Enfin, il ne faut jamais oublier qu’une immense partie des langues, avant-hier comme aujourd’hui, n’a jamais été écrite. Et quand on juge des langues par leur « côté écrit », il faut être attentif à la tournure que donne l’écriture !

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Médor et l’amour

Médor est un sujet souvent discuté, même un peu rebattu. L’Amour au contraire est un sujet très neuf : nous pourrons en parler à notre aise.

Pour les Français, Médor est un nom de chien. Déjà au XVIIIe siècle, c’était un nom de chien. Mais en réalité, Médor avait d’abord été le nom du soldat sans grade, mais très mignon, dont la fille de l’Empereur de Chine tomba amoureuse. Plus tard, Médor devint empereur de Chine à son tour, même si les Chinois l’ignorent. Une fonction de ce billet est d’annoncer à la Chine cette nouvelle étonnante.

Il sera donc question de Médor et d’Amour.

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Ecrire la musique ?

Ce billet concerne moins la musique que la notation musicale. Après l’invention des écritures pour des choses aussi compliquées que les langues, noter la musique ne serait-il qu’un jeu d’enfant ? Pourtant, l’écriture musicale note même les silences – ce que les écritures des langues ne font pas !

La notation musicale ne s’émancipe que peu à peu de l’écriture ordinaire, car elle apparaît d’abord comme une série d’accents : graves ou aigus ! Puis elle trouve sa “route” propre, la portée. Mais n’y perd-elle pas, en y gagnant ?!

Avec une remarque d’une amie musicienne, à la fin !

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Archive(s)

Les fantômes d’immenses navires…

En français, le mot est au pluriel : des archives ou, quand le lieu ou l’institution est sous-entendue, les Archives (Nationales, de la Marne etc.). L’exception est ‘une pièce d’archive’.

En italien, archivio est masculin singulier. En anglais, la traduction est plutôt files ou records, mais le mot archives1 existe aussi, parfois au singulier. Le terme anglais s’est spécialisé en informatique au singulier, d’autant que le verbe ‘archiver’ est en anglais to archive. L’emploi récent en français de une archive (au singulier) est un anglicisme.

Entrons dans les archives.

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  1. Prononcer ‘aakaïvz’. []