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Nāgārjuna, le logicien ironique

Donatrice. Bamiyan, VIIe siècle.

On ignore quand exactement a vécu Nāgārjuna : aux IIe et IIIe siècle EC. Certaines de ses œuvres nous sont parvenues en sanskrit ; d’autres seulement en traductions, tibétaine ou chinoise. En Chine, on l’appelle Lóngshù 龍樹 ; en tibétain Klu-sgrub (pron. Lu-dub) ; au Japon, on dit Ryūju.

Nāgārjuna, grand nom des philosophies indiennes, est illustre au-delà des Indes car il a contribué à rendre célèbres en Asie certaines formes du bouddhisme. Je l’appelle le « logicien ironique » parce que son œuvre majeure est faite de contrastes astucieux, dans l’idée que rien de ces notions qu’on agite n’est acceptable en soi.

C’est de l’ironie au sens premier : une distance posée sur ce qu’on dit. Et chez Nāgārjuna aussi, cela peut devenir amusant.

A la mémoire de Michel Angot

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Le regard éloigné

D. E. En donnant pour titre ‘Le Regard éloigné’ à un recueil d’articles, aviez-vous pour intention de manifester votre distance avec la société dans laquelle nous vivons ?

C. L.-S. C’est un titre emprunté au japonais, qui m’est venu en lisant Zeami [1363-1443], le créateur du nô. Il dit que pour être bon acteur, il faut savoir se regarder soi-même de la façon que les spectateurs vous regardent, et il emploie l’expression de regard éloigné.

(Claude Lévi-Strauss et Didier Eribon, 1988, De près et de loin, Épilogue.)

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Le temps terroriste

Chacun, nous vivons des temps multiples qui s’écoulent à des rythmes différents. La terreur s’installe quand on nous persuade que cette diversité n’existe pas, et que nous vivons dans un seul temps.

Le temps de nos os n’est pas celui de notre mémoire. Le temps du travail ne passe pas comme celui des vacances. Quand nous les rapportons à une seule horloge, leurs différences n’en sont que plus criantes.

De même en biologie évolutive : les Mammifères sont différents les uns des autres, de la girafe au dugong, du chat à la souris ! Mais tous ont 7 vertèbres cervicales. Nous aussi. Certaines choses ont changé et nous séparent ; mais d’autres non. Tout, en nous même, ne va pas au même rythme.

Nous vivons à travers des temps multiples, avec des rythmes différents, certains lents, d’autres plus vifs : nous rêvassons en travaillant, et même en dormant. Nous cherchons un mot qui nous échappe, est-il parti ? Soudain le revoici. Il était là. Ces multiples vies qui font la nôtre nous défendent contre ceux qui veulent nous faire fonctionner comme des machines.

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Le fin fond de la fable

La fable est sans fond. On en creuse l’origine, les débuts de la mangouste ou l’apparition du héron, mais on ne trouve pas. On avait pourtant bien commencé : La Fontaine lui-même avouait qu’il s’était inspiré des conteurs d’autrefois, Ésope et un certain Bidpaï.

Ésope est une fiction glorieuse, comme Homère : il y a des œuvres trop importantes pour rester anonymes ! Le « genre » de la fable, du conte bref avec des animaux qui parlent, se trouvait en effet en grec autrefois. Au temps de La Fontaine, on savait aussi qu’il y en avait eu en Inde et ailleurs.

On a recherché l’origine des fables : on a trouvé des voies d’influences, mais pas d’origine. Cela attristait certains savants romantiques, pour qui fables et contes étaient, en tant que « littérature populaire », la preuve même de l’existence des peuples. Parfois surtout du leur.

Coup d’œil à la fin sur la solution proposée par Claude Lévi-Strauss.

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Cette porte-là, tu ne l’ouvres pas

Dans une journée véritable, se produisent cent petits événements qui sont sans conséquence.

Il est donc facile de distinguer entre la vie, qui est pleine de vides, et les récits qu’on en fait, où tout est plein.

Aucun détail n’est laissé au hasard. Autant dire que rien n’est un détail.

On dirait que dans les récits, on ne signale que ce qui aura des conséquences, et que si, dans le récit, le monsieur t’a dit de ne pas ouvrir la porte…

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