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Carlo Ginzburg

Carlo Ginzburg a été un commentateur éprouvé et résolu de Marc Bloch. Il a aussi consacré des essais perspicaces aux rapports entre histoire et littérature.

Un de ses essais les plus connus est ‘Traces’ (1979) où, pour faire bref, il compare la critique d’art de Morelli et l’activité de Sherlock Holmes. Il est revenu à plusieurs reprises sur le thème, pour en développer l’intérêt.

Dans les premières pages de ‘Traces’ en décrivant la méthode de Morelli, il parle de ‘philologie’ en expliquant que Morelli, comme Sherlock, voit – là où personne n’avait songé à regarder. Le lecteur ordinaire, obsédé par le sens des mots, les lit à peine ; le philologue les regarde.

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Zaïre et Zaïde

En 1732, Voltaire fait jouer Zaïre, une tragédie en vers. Jérusalem, les croisades.

Le sultan Orosmane libère cent chevaliers, mais refuse de libérer la belle Zaïre qu’il aime, et qui l’aime. Quand le vieux roi chrétien Lusignan est libéré aussi, il reconnaît en Nérestan, qui a apporté la rançon, et en Zaïre qui ne partira pas, ses enfants disparus.

Le vieux roi est horrifié que sa fille aime un musulman. Il exerce sur elle un chantage étouffant. Le sultan Orosmane n’a pas moins d’aveuglement. Trompé par un message de Nérestan à sa sœur, il poignarde Zaïre puis, comprenant son erreur, se tue. Elle ne partira pas.

En 1780, Mozart a commencé un opéra dont la protagoniste est Zaide, esclave du sultan Soliman. L’intrigue n’est pas la même, et Mozart ne terminera pas l’opéra. L’Enlèvement au sérail, dont l’intrigue est encore différente, est de 1782.

La BNF a retrouvé une partition de Mozart, ci-dessus : c’est de saison !

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Deux livres d’histoire

Commençons par le plus récent. L’un des livres importants de ce début 2026, à mon avis, est Les Arbres de Nagasaki, de Véronique Brindeau, paru en mars chez Arléa. Huit petits chapitres décrivent à chaque fois un arbre qui a survécu à la bombe qui a explosé le 9 août 1945, 500 mètres à la verticale de Nagasaki, tuant en deux ou trois jours 70.000 personnes, et beaucoup d’autres ensuite.

L’autre livre n’est pas vieux non plus. L’auteure suisse Vanessa de Senarclens enseigne la littérature française à Berlin. Elle a publié en 2025 chez Zoé, à Genève, La Bibliothèque retrouvée, une enquête. Ce livre qui concerne au départ une bibliothèque constituée dans un château de Poméranie – Carlo Ginzburg vient de mourir – à la fois prolonge les essais de ‘micro-histoire’, en renouvelle le ton, et leur donne un style différent.

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La création du monde est en avance

Dans ‘Le Songe de Scipion’, rédigé en 54 AEC, un Romain de bonne famille, après un banquet offert par Massinissa, roi berbère en Afrique du Nord, s’endort. Son grand-père lui apparaît, lui montre la terre au milieu du monde. Nous comprenons que tous deux sont en voyage céleste.

Outre la Voie Lactée, séjour promis aux dirigeants méritants, nous découvrons comment le Monde est fait, les sphères emboîtées des planètes, la musique que font ces sphères en tournant l’une dans l’autre. Nous apprenons aussi que toute gloire est vaine : viendront des déluges et des incendies qui changeront la face de la Terre.

Enfin, que notre corps n’est que l’enveloppe périssable d’une âme éternelle. Et que le monde aussi a un principe qui l’anime, et qui est éternel. Les cercles chrétiens ont assuré la diffusion de ces bonnes nouvelles.

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Le récit et la science

Longtemps réticents à admettre ce cousinage avec les sciences humaines, ou la littérature, les scientifiques voient pourtant qu’il leur faut raconter les choses. Le succès public de certains de leurs livres les encourage.

Raconter l’importance de ce qu’ils ont trouvé, de ce à quoi ils ont contribué, cela suppose qu’on explique les contextes, l’histoire des débats et des enjeux. De sorte que, peu à peu, on constate qu’il s’agit d’une histoire.

On peut se limiter aux années de recherches où l’on a soi-même participé. Mais on voit vite que si l’on veut se faire comprendre, il faut expliquer davantage, raconter plus large.

Et finalement, il s’agit de l’histoire des sciences, qui s’avère n’être pas un appendice des sciences – mais sa pointe.

NOTE éditoriale à la fin

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Essentialiser

Le verbe ‘essentialiser’ est en général entendu péjorativement et signifie ‘réduire un objet à une caricature’. Je me suis demandé si l’emploi croissant de essentialiser n’était pas une façon d’éviter caricaturer, et des références trop pénibles à l’assassinat de Samuel Paty, par exemple.

Mais d’autre part, le mot a une aura philosophique. Nous allons voir qu’en français, c’est le point de départ de son emploi, qui semble donc d’abord contraire à ce que le mot va devenir : définir l’essence, l’essentiel, paraît le contraire de la caricature.

C’est ce contraste que nous allons un peu explorer.

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