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Arts martiaux

En France, l’expression crève l’écran en 1970. Entre le premier épisode du Sabreur manchot (1967) et le dernier Bruce Lee, Opération Dragon (1973).

Les arts martiaux sont sans âge. Mais ils se distinguent de la guerre ordinaire à tous égards. Ils ne viennent au monde (notre monde à nous, à tous) que quand on est las du fusil et du flingue. L’art est martial quand il remet le corps au premier plan. Le corps humain, pas le corps d’armée.

Au fond, il rejoue le paradoxe du mousquetaire, qui est si français. Car je vous rappelle que ‘mousquetaire’ vient de ‘mousquet’, la première arme à feu portative. On ne dirait pas1.

Le graphique ci-dessus indique, entre 1945 et 2024 dans les Archives du Monde, la fréquence d’emploi de Art martial en bleu et Arts martiaux en rouge. Le ‘décollage’ a lieu en 1970 ; la 1re apparition du terme date cependant de 19512 :

Les éliminatoires du championnat d’Europe [de judo] pour la France commenceront ce soir à 20 h. 45 au Palais de la mutualité. Les meilleurs judokas de France essaieront de se qualifier pour les championnats proprement dits, qui doivent avoir lieu le 4 décembre. L’intérêt de la soirée sera surtout axé sur les démonstrations des maîtres Mochizuki3 et Kawaishi4.

Opération Dragon. Bruce Lee.

Le maître Mochizuki est un professeur de l’académie japonaise Kodokan, spécialement chargé d’enseigner les arts martiaux : le kendo, escrime au grand sabre a deux mains des samouraïs ; le kiki-do, très ancienne méthode de self-défense ; le kyudo (tir à l’arc), et le karaté, équivalent au plus brutal de notre boxe française.

Les historiens des sports donneront les précisions utiles. D’autant que l’expression ‘art martial’, au pluriel comme au singulier, ni en anglais martial arts, ne sont antérieurs à la fin des années 19605. Il est largement admis que la grande vogue des arts martiaux ‘à l’Ouest’ vient de l’est, essentiellement des films de Hong-Kong. Prenons le bateau.

李振藩 Lee Jun-fan (1940-1973), dit Bruce Lee, est né à San Francisco. Son père appartenait à l’opéra de Canton, qui était en tournée aux Etats-Unis. Se trouvent ainsi réunis les arts, les E.U., et la Chine du Sud. Sa mère Grace Ho était de Hong-Kong et de bonne famille, et c’est là que notre héros grandit. Sa mère l’envoie aux E.U. quand il a 19 ans. Il y étudie le théâtre, enseigne le kung-fu sous une forme plutôt mixte, y compris à des Américains. Il est une sorte de saint Paul du combat chinois.

Il se marie, et joue dans une série télé The Green Hornet, dont le succès public est limité mais qu’on trouve aujourd’hui facilement en DVD parce qu’elle est devenue ‘culte’. En 1970, Bruce Lee rentre à Hong-Kong, sa vie d’homme de cinéma commence. Elle sera brève. Il meurt d’un accident cérébral en reprenant des dialogues pour Opération Dragon, en anglais Enter the Dragon. En 1972, il avait tourné La Fureur du Dragon en Italie ; on dit que c’est le premier film chinois jamais tourné hors de Chine ; la scène du combat dans le Colisée a été tournée en studio à Hong Kong.

Les Sept samouraïs. ‘Peu importe l’avenir’.

Dans les années 1960, l’industrie du cinéma à Hong Kong cherche de quoi gonfler un marché limité, et un public marqué par la guerre. On va combiner la veine du redresseur de tort avec un prudent refuge dans l’histoire ancienne. Au Japon, Kurosawa avait tourné en 1954 Les Sept samouraïs, lion d’argent à Venise. L’action est au XVIe siècle. Grand succès du film aux E.U. : en 1960, Sturges tourne Les Sept mercenaires. C’est un bon filon.

Toshiro Mifune dans ‘Les Sept samouraïs’ d’Akira Kurosawa, en 1954.

A Hong Kong, mais souvent aussi au Japon, tous les grands acteurs faisaient cinq ou six films par an en studio, parfois plus. Mais pour les Sept samouraïs, le tournage a duré presque un an, et souvent dans ce village (reconstitué) de la péninsule d’Izu6 qu’on voit dans le film. Il a fallu toute l’autorité de Kurosawa pour maintenir ce tournage jugé dément, et créer le monument qui en est sorti.

Le maître du manchot.

Pour ‘Le sabre du manchot’, 独臂刀, en 1967, Chang Cheh voulait sortir du lot hongkongais. Son ami et co-scénariste Ni Kuang avait trouvé une histoire dans un roman d’un autre ami, Jin Yong, homme d’affaire & journaliste qui publiait dans son journal ses propres feuilletons.

Le jeune manchot et sa jeune femme. Le bras droit manque.

Le film montre surtout deux hommes et deux jeunes femmes. Une femme est méchante et l’autre bonne. Un homme est un maître de sabre et l’autre son disciple. L’astuce est que la femme méchante est la fille du maître ; elle est arrogante et possessive ; elle tranche un bras du disciple qui veut s’en aller. Le jeune manchot est recueilli par la jeune femme bonne, qui le soigne, le nourrit, le remet sur pieds.

Le Méchant, hérissé de lances, à gauche de dos, vient provoquer le Maître chez lui, de face. Les prises de vue sont pleines des traditions scéniques de l’opéra chinois.

Mais c’est un vrai homme, pas un paysan subissant son destin. Grâce à un vieux traité que sa jeune femme retrouve pour lui, il modifie son sabre et ses techniques de sabre, et redevient très fort. Il arrive à temps pour sauver le maître et sa famille qu’une bande ennemie assiégeait. La fille méchante l’admire et le voudrait, il redeviendrait un disciple presque normal. Mais il refuse, estime “qu’il a payé sa dette à son maître”, rejoint sa jeune femme et ils s’en vont ensemble.

La disabled person admirable, l’individu differently gifted ‘diversement doué’ des années 2000, n’est donc pas un invité de la dernière pluie7. Du reste, le Bossu (1857) de Paul Féval, où les combats d’épée jouaient un rôle majeur, et la botte de Nevers un rôle spécial, reposait déjà sur une idée similaire – mais Lagardère se déguise en bossu ; il ne l’est pas.

Acte 4. Désordres

Le film de Chang Cheh a été diffusé en France sous le titre maladroit de ‘Un seul bras les tua tous’. A Hong Kong, le grand succès du film a donné l’occasion d’une suite avec le même acteur Jimmy Wang Yu. Après quoi l’acteur s’est fâché avec les producteurs, de sorte qu’il y a eu deux suites. L’une, présentée comme un 3e épisode par la production, se nomme La rage du tigre avec l’acteur David Chiang. La pseudo-trilogie a trouvé enfin un titre percutant en français, le Sabreur manchot8

L’autre film, avec Jimmy Wang Yu, tourné aussi en 1971, est une coproduction Hong Kong/ Japon et est réalisé par Kimiyoshi Yasuda. C’est un feuilleton aussi, car il vient s’inscrire dans une série en cours, La Légende de Zatoïchi, dont le premier épisode a été tourné en 1962. Le héros, Zatoïchi, est un masseur aveugle ! Les masseurs, pour des raisons de décence, se recrutaient en effet souvent chez les aveugles9, de même que les harems recrutaient des eunuques. L’astuce, en 1971 pour le 22e épisode, a donc été d’opposer le masseur aveugle japonais au spadassin manchot chinois. On avait fabriqué deux fins pour le film : celle où Zatoïchi gagne a été diffusée au Japon ; la version où le manchot l’emporte est diffusée à Hong Kong.

Les samouraïs et les enfants.

Il ne fait guère de doute que les Sept samouraïs est un film plus intéressant10 à tous égards, le fond, la forme et tout le reste, que le film de Chang Cheh, même si ce dernier est en couleurs. La tirade de Kikuchiye11 à propos des paysans « Ce sont des brutes rusées » reste un moment qui dépasse le cinéma.

Le chat de monsieur Han, le Méchant d’Opération Dragon.

Pour Bruce Lee, Opération Dragon, qui ressemble très fort aux James Bond de la même époque, avec un Grand Méchant dominant une île12, ce monsieur Han qui a perdu une main comme le Dr No, jusqu’au chat blanc du Méchant qu’on trouvait en 1965 dans Opération Tonnerre – nous sommes dans une autre époque. Les sabres ont disparu. Le rythme de l’action, les éclairages, et une façon d’occuper l’espace comme dans un cirque dangereux, sont une tout autre affaire. C’est Bruce Lee qui a répandu comme un coup de vent violent, sur la planète entière, la vogue des arts martiaux. Dont nous sommes partis.

Cela nous ramène, sinon à l’essentiel dont la coutume est de fuir, du moins à ce constat : l’arme blanche, le poing lui-même, reviennent sur la scène, quand dans la vie le fusil s’empare de tout. Les cuirassiers de Reichshoffen13, c’est en 1870 ; le premier fusil à se charger par la culasse est le chassepot, 1866. En 1865, au début de De la terre à la lune, Jules Verne a développé le débat entre les tenants de la muraille et ceux du canon. La cuirasse tiendra-t-elle devant le fusil ? Le réponse est non. L’invention de la bombe larguée depuis un avion clôt le débat14, que la bombe soit atomique ou pas.

Conclusion

Bond et Mr. Graves au sabre, 2002.

Les Trois mousquetaires ont été publiés en feuilleton en 1844. Même alors, il y a beau temps que le combat au sabre est une antiquité – sauf pour les duels à l’ancienne bien sûr15, dont on retrouvera un exemple dans Meurs un autre jour (2002), un James Bond dont un épisode passe par Hong Kong.

Le cinéma, populaire ou pas, entre dans nos mœurs comme Lee, dans Enter the Dragon (1973), parvient à infiltrer l’île du mafieux nommé Han. Ou comme Bond et Jinx parviennent (2002) à bousiller les installations du Dr Alvarez dans son île, la Isla de los organos. Au cinéma, nous avons des justiciers.

NOTE éditoriale.

Les échanges avec Françoise Grenand (visibles plus loin) m’incitent à préciser un point qui peut-être n’était pas net. Ce qui intéresse ce ‘caramel’ n’est pas l’histoire de l’armement, mais le contraste que font les arts martiaux avec un monde de plus en plus lourdement armé. Je comprends que F. Grenand soit intéressée par l’arquebuse, puisque ce mot a été emprunté (par l’espagnol ou portugais) par les Amérindiens qui la passionnent. Mais je n’évoque pas le mousquet dans ce cadre-là : seulement parce que le lecteur francophone, qui a lu les Trois mousquetaires, est surpris de trouver dans le mot mousquetaire le nom d’une arme à feu.

Le roman Les Trois mousquetaires est un monde d’épée, beaucoup plus que de fusil (au sens large) – même si les mousquetaires doivent leur nom au mousquet. Les combats entre les mousquetaires de Tréville et les gardes du Cardinal se font à l’épée, comme dans le célèbre combat inaugural où d’Artagnan découvre ses nouveaux amis. Alexandre Dumas prend soin, en nous présentant les deux groupes concurrents, de nous dire que “Il [le Cardinal] eut donc ses mousquetaires, comme Louis XIII avait les siens, et l’on voyait ces deux puissances rivales trier pour leur service, dans toutes les provinces de France et même dans tous les États étrangers, les hommes célèbres pour leurs grands coups d’épée.” 

Dans le roman, le mot mousquet(s) apparaît 19 fois, mousquetaire(s) 326. Le mot mousquet apparaît d’abord dans un épisode où nos héros sont attaqués par les gens du Cardinal, qui sont les seuls à utiliser cet engin. Une seconde embuscade a lieu plus tard, où ce sont encore les gens du Cardinal qui emploient des mousquets. On ne voit, à ma connaissance, nos héros utiliser des mousquets sous nos yeux que dans l’épisode du bastion de Saint-Gervais. Le mot arquebuse ne se trouve que 3 fois, tous dans l’épisode où d’Artagnan a son chapeau traversé par une balle que, quand il a enfin le temps d’observer le chapeau, il reconnaît pour une balle d’arquebuse. Le mot épée se trouve 191 fois, rapière 5.

Il ne s’agit pas de discuter l’histoire de l’armement, mais du contraste entre les armes à feu et les armes blanches, et entre les armes et les mains.

NOTICES des images. Introduction (1) Bruce Lee dans Opération Dragon, 54’46. C’est une partie de l’image, dans la salle des miroirs. Acte 1. (2) Le graphique est conçu grâce à Gallicagram. (3) Opération Dragon, 79’01. Acte 2. (4) Opération Dragon, 73’00. (5) Les Sept samouraïs, 112’59. Acte 3. (6) Les Sept samouraïs, 85’15. (7) Chang Cheh, Un seul bras les tua tous, 85’51. (8) ibid., 32’51. (9) ibid., 96’26. Acte 5. (10) Les Sept samouraïs, 96’25. (11) Opération Dragon, une partie de l’image à 67’08. Conclusion. (12) Lee Tamahori, 2002, Meurs un autre jour (Die another day), 54’46. Pierce Brosnan joue Bond, Toby Stephens joue Gustav Graves.

  1. Là-dessus, voir la note éditoriale. [↩]
  2. Archives en ligne du journal Le Monde, 6 nov. 1951, sous le titre ‘Le championnat d’Europe’. Les premiers championnats d’Europe de judo se sont tenus en 1951 à Paris. Mais le premier championnat de France a eu lieu salle Wagram, à Paris, en mai 1943. Le vainqueur fut Jean de Herdt (1923-2013). [↩]
  3. MOCHIZUKI Minoru, 望月 稔, né en 1907 à Shizuoka, mort en 2003 à Aix-en-Provence où, à la fin de sa vie, il vivait auprès de son fils Hirô, né en 1936. Mochizuki a été l’élève du créateur du judo au Japon, KANÔ Jigorô (1860-1938). [↩]
  4. KAWAISHI Mikinosuke 川石 酒造之助, (1899-1969.) [↩]
  5. Voir par exemple sur le wikipedia anglais l’article ‘Chopsocky’. [↩]
  6. Yasunari Kawabata avait publié en 1926 sa nouvelle ‘La Danseuse d’Izu’, rapidement célèbre. Le film muet de HEINOSUKE Gosho date de 1933. [↩]
  7. On trouve en ligne des listes de personnages diversement handicapés, par exemple au cinéma ici. Parmi les exemples intéressants de cette liste, choisissons-en trois parmi les plus anciens (1) Frank Borzage (E.U.), 1929, L’Isolé (Lucky Star) : le héros a perdu ses deux jambes à la guerre en Europe. (2) Tod Browning, 1932, Freaks, la monstrueuse parade. La notoriété du film date des années 1960. (3) Sadao Yamanaka (Japon), 1935, Sazen Tange, le pot d’un million de ryôs : le héros sabreur est manchot et borgne ; une façon de parodie des films de samouraïs. [↩]
  8. The one-armed swordsman. [↩]
  9. Comme dans le film de Hiroshi SHIMIZU, 1938, Une femme et son masseur 按摩と女, Anma to onna. [↩]
  10. Voir sur Caramel le description de Rashômon, le film tourné par le même Kurosawa quatre ans plus tôt. [↩]
  11. De 84’30 à 87’20. [↩]
  12. Comme dans Dr No en 1962, Opération tonnerre en 1965, On en vit que deux fois en 1967, Stromberg dans son île artificielle dans L’Espion qui m’aimait en 1977, jusqu’à la dernière île dans Mourir peut attendre, 2021. Mais l’idée du duel dans la salle des miroirs dans Opération Dragon, le film de Bruce Lee, se retrouvera dans L’Homme au pistolet d’or, le 9e Bond. [↩]
  13. Les historiens écrivent ‘la bataille dite de Reichshoffen’, puisque c’est dans les rues de Morsbronn, à 7 km de là, que les cuirassiers se font d’abord mitrailler. Une deuxième charge, aussi suicidaire que la première, a eu lieu ensuite dans les champs près de Woerth. Mais l’état-major était au château de Reichshoffen, et surtout il y a eu la chanson. [↩]
  14. Les historiens pourront juger que je simplifie le débat. A la fin de la 2e Guerre mondiale, en mars-avril 1945, la RAF a largué de nombreuses bombes spéciales ou bunker busters, dites ‘Tallboy’, ‘Grand Slam’ ou ‘Disney’, contre des ponts ou des abris de sous-marins allemands, protégés par d’épaisses couches de bétons. Nous avons vu le sujet revenir lors d’une opération U.S.-Israël contre les sites nucléaires iraniens, les 21/22 juin 2025. [↩]
  15. Le duel à l’épée entre Clemenceau et Deschanel est de 1894. Voir la notice sur Retronews. [↩]
François Jacquesson
François Jacquesson

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
François Jacquesson (28 août 2026). Arts martiaux. Caramel. Consulté le 14 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16p3y


4 réflexions sur « Arts martiaux »

  1. Caramba ! Mais vous avez parfaitement raison. J’ai confondu arquebuse et arbalète. Vous m’accordez des vacances. C’est obligatoire, François

  2. François, vous vous moquez, là!
    On tire une flèche avec un arc ou avec une arbalète, voire même avec un propurseur, mais jamais de la vie avec une arquebuse… Mon père, tireur à l’arc émérite, fréquenta en son temps la très réputée Compagnie des Archers de Vincennes. Il n’y fut jamais question d’arquebuse. “Un doute [vous] ronge” ? Qu’il vous avale en entier!! Et qu’on n’en parle plus.

  3. Chère savante Françoise,
    Quel plaisir de vous lire développer les emprunts faits par les langues amérindiennes à ces conquérants arquebusés ! Il n’y a que vous, pour savoir (et faire connaître) des choses pareilles ! Je ne suis pas très sûr que le terme arquebuse désigne à coup sûr une arme à feu, et je vais vous dire pourquoi. Avant-hier dans un couloir de mon immeuble, j’avise une arquebuse. Modèle sport. Récent mais efficace, avec deux flèches. J’attends. Arrive un homme jeune qui déménageait. Il a craint (quel sot) de m’avoir fait peur avec cette arquebuse. Je lui explique qu’au contraire j’étais intéressé. Je lui signale la compagnie d’archers de Vincennes, mais il connaissait. Donc il se peut bien qu’on ait fabriqué sur le tard des arquebuses à vapeur, à briquets, à moteurs. Mais l’arquebuse, la vraie, l’antique, était-elle une arme à feu ? Un doute me ronge.
    Amitiés, François

  4. Petite pique au savant que vous êtes: Je ne suis pas certaine que le mousquet soit , comme vous l’écrivez, “la première arme à feu portative”. Je pencherais plutôt pour l’arquebuse, dont on dit que le mousquet, plus léger, a été inventé pour la remplacer. Et si le français “mousquetaire” vient de “mousquet”, le terme wayãpi “alakausa” pour désigner le fusil vient de l’espagnol ou du portugais “arcabuz”, arquebuse, plus sûrement que du français du XVIe siècle arquebuse (Léry, 1580 : 200). Nous avons ici affaire à un terme aréal des Guyanes; il est employé par 1) des populations de langues Caribe: kali’na racaboussa (Bodin, 1824), kali’na contemporain arakapusa, apalai arakaposa, wayana alacapuha (Courtz, 2008 : 237) ; 2) des populations de langues Arawak: arawak-kokono arakabusa (de Goeje, 1928), palikur aragbus (avec ici emprunt au néerlandais haakbus); 3) enfin des populations de langues Tupi-Guarani: teko alakaputsa (Maurel et al., 2020 : 5). Les Wayãpi , lors de leur lente migration des rives de l’Amazone vers le nord, l’ont probablement emprunté au wayana ou à l’apalai avant leur entrée en Guyane à la fin du XVIIIe siècle. Auparavant, ils utilisaient le terme tupi moka “ce qui tue”, aujourd’hui tombé en désuétude; en wayãpi ancien, Coudreau (1892 : 91) note encore les deux termes: aracabousa et mocawe. En tembé, on trouve mukaw “espingarda” (Boudin, 1978: 147). Quant aux †Tupinamba de la côte du Brésil, ils disaient mairata “feu des Français” (Abbeville, 1614 : 131). Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! Amicalement. Françoise Grenand

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